Il est lieux que l'on aimerait visiter, des vignerons que l'on aspire à rencontrer. Invisible dans les salons dédiés au vins et dans les médias, rare dans les échoppes de cavistes, La Grange des Pères est pourtant considéré par nombre d'amateurs et de spécialistes comme le plus grand vin du Languedoc. Un cran au-dessus de Peyre-Rose, Mas Jullien et Daumas-Gassac, dont il est le voisin à Aniane... avouez que la réputation est de taille et qu'il faut en envoyer, du vin, pour en être à la hauteur.

Ce succès constant a engendré un mythe tranquillement entretenu par Laurent Vaillé, son créateur. Un homme simple, ce Laurent. Qui vit caché de tout ce brouhaha médiatique. Qui ne recherche rien, sinon l'excellence. Et qui ne se préoccupe plus depuis longtemps de trouver des clients puisque toute sa production est réservée d'une année sur l'autre. Fils d'agriculteur revenu à la terre à 24 ans après avoir envisagé une carrière de kinésithérapeute - "tant mieux, ça ne me plaisait pas" -, le néo-vigneron crée son domaine de toutes pièces, à partir de 1988, "à une époque où la vigne, ici, ça ne valait rien". Et surtout, il apprend son métier auprès de belles pointures : Jacques Reynaud à Rayas, Eloi Durbach à Trévallon, Jean-François Coche-Dury à Meursault, Gérard Chave en Hermitage ou encore les frères Alary à Cairanne. Au moment de planter ses premiers ceps, c'est Reynaud qui lui donne la clé : "Plante la syrah et le cabernet au nord, le mourvèdre au sud". Un conseil que Laurent Vaillé suit à la lettre sur le massif de l'Arboussas, une terre ventée bigrement calcaire au-dessus d'Aniane.

La Grange des Pères, c'est deux vins, un blanc (roussanne, chardonnay et un soupçon de marsanne) et un rouge (syrah, mourvèdre, cabernet-sauvignon et un zeste de counoise). Deux ans d'élevage sous bois pour les deux : demi-muids pour le blanc et pièces bourguignonnes pour le rouge. Des vins d'une extraordinaire richesse aromatique, qui tirent tout leur potentiel après dix ans de garde.

Laurent Vaillé nous a fait déguster son assemblage de blanc tiré à la pipette, d'abord 2010, puis 2009. Un peu de réduction au nez, qui s'estompe vite sur un vin ample et gras, très minéral. Difficile de s'extasier sur ce vin qui cherche encore sa place, qui s'étire, grandit, respire. Déjà prometteur.

Les rouges sont encore plus spectaculaires. Dans l'ordre, la syrah, le mourvèdre et la cabernet 2010, puis 2009. Une grande différence marque les deux millésimes. Après 8 mois d'élevage, les 2010 sont en pleine maturation. Exhubérants comme la syrah, profonds comme le mourvèdre, croquants et rugueux comme le cabernet. 2009 nous fait faire un pas de géant. La syrah arbore une densité incomparable, une présence imparable. On est loin des beautés sveltes du rhône septentrional et de leurs cohorte d'épices fraîches. Ici, la bouche est pleine, séduisante comme une évidence. Un top-model bien né, aux formes généreuses.

Que dire du mouvèdre après cela ? Qu'il donne tout simplement la chair de poule. Enrobé et caressant, on touche au sublime, dans une bouche voluptueuse pleine de fruits mûrs cueillis au bon moment.

Le cabernet jouera le bon copain. Moins élégant peut-être, plus turbulent sûrement, un coquin clinquant de fruits frais, un garde du coprs indispensable pour sublimer le duo de stars.

1, 2, 3, le trio saupoudré de counoise qui apportera de la fraîcheur est un assemblage parfait, la pièce maîtresse d'un terroir gâté. Encore fallut-il le comprendre, ce terroir, comme Laurent Vaillé parvint à le décrypter, jour après jour. Nous l'avons rencontré et goûté ce qu'il pouvait nous offrir de meilleur. Avant l'interview, disponible ici en vidéo dans quelques jours, voir ci-dessous un instantané de ce moment d'éternité.

Aujourd'hui, les Grange des Pères 2008 sont au Vin devant Soi. Inutile de préciser qu'il n'y en aura pas pour tout le monde... => Le Vin Devant Soi


La Grange des Pères... teasing