Bien avant que les sécateurs ne prennent possession de la vigne, nous avons reçu l'ami Charles en dégustation au Vin Devant Soi.
Dans le monde des vignerons, il n’y a pas que des noms à faire grimper les enchères, des chais dessinés par des architectes stars et des Bentleys garées dans la cour de grands châteaux. Il y a aussi un autre monde, plus discret, plus simple et à des années-lumières du Golfe de Saint-Tropez. Dans ce monde terre à terre et bien réel, des vignerons se lèvent à l’aube, ont souvent les mains sales et se couchent harassés de fatigue après avoir épuise leurs dernières forces sur de la paperasserie administrative. Charles Helfenbein est l’un de ces vignerons anonymes qui trace son chemin, pas à pas. Né à Orange, petit fils d’agriculteur, il a acquis très tôt la certitude que sa vie se passerait au grand air, pour privilégier une certaine hygiène de vie. Alors qu’il suit une formation en grandes cultures et techniques végétales en Champagne, il rencontre des vignerons qui lui inoculent le virus du vin. Retour aux sources à Orange où il obtient un BTS Viti-Oeno. Il entame ensuite un tour de France des vignobles, en Alsace, en Côtes de Provence et en Muscadet pour prendre de la bouteille. Puis c’est l’opportunité à ne pas rater. Un oncle vivant sur Brézème, au pied des Côtes du Rhône septentrionales, lui vend une douzaine d’hectares. Charles s’installe sur cette terre à syrah et commence à faire des vins frais et charpentés comme il les aime. Il est tout seul et le challenge est immense. Mais rapidement, les syrah de Brézème, minuscule îlot de vignes dans la grande Vallée du Rhône, se font remarquer et Charles, aux côtés des sept autres exploitants du coin, se retrousse les manches pour redonner vie à des vins qu’on avait un peu oubliés. Leur ambition ? Faire de Brézème le prochain cru des Côtes du Rhône et lui redonner ses lettres de noblesses, en souvenir de ce 19e siècle où il rivalisait avec la colline de l’Hermitage. Mais pour cela, il faudra encore se lever aux aurores, scruter le ciel en croisant les doigts, faire avec les moyens du bord et s’armer de courage pour réaliser les meilleurs vins possibles, de ceux que les cavistes et les Chinois se disputent déjà.

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